Marque employeur & bad buzz : comment gérer la crise ?

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L’ère des réseaux sociaux ne manque pas de rebondissements… Et alors que les entreprises investissent davantage ces plateformes – notamment pour attirer les candidats et valoriser leur marque employeur – elles en subissent parfois le revers de la médaille.

Comment réagir face au bad buzz, ce cataclysme de communication que toutes les entreprises craignent ? Qui doit intervenir ? Et surtout, comment préserver sa marque employeur ? On vous dit tout.

De quelles types de bad buzz parle-t-on ?

On le sait, les réseaux sociaux ont un pouvoir amplificateur. Et si le mégaphone qu’ils offrent aux entreprises leur sert à promouvoir leur marque et accélérer leur croissance, il peut tout autant démultiplier le moindre faux pas et transformer une simple étincelle en incendie réputationnel.

La crise peut survenir à plusieurs niveaux :

  • Bad buzz lié aux produits ou services : Défauts de qualité, promesses non tenues, prix jugés abusifs…
  • Bad buzz lié aux comportements internes : licenciement jugé abusif, management toxique, discrimination, salaires et conditions de travail exposés publiquement…
  • Bad buzz lié à la communication : campagne publicitaire maladroite, propos mal interprétés, récupération d’une cause sociale (greenwashing, pinkwashing…).
  • Bad buzz lié aux collaborateurs eux-mêmes : prises de parole personnelles (tweets anciens, TikToks maladroits) associées à l’entreprise.

Comment le bad buzz nuit à votre marque employeur

Un bad buzz n’est pas qu’une vague passagère : il laisse des traces profondes. Dans un monde où l’image d’une entreprise se forge en temps réel, chaque controverse peut entamer la confiance des talents, décourager les candidatures et fragiliser la fierté d’appartenance des collaborateurs.

La preuve en chiffres :

👉 selon une étude TalentNow, 84 % des candidats affirment que la réputation d’une entreprise en tant qu’employeur joue un rôle important dans leur choix ;

👉 86% des candidats lisent les avis sur les employeurs potentiels pour se forger une opinion (Agence WAT) ;

👉 56% des candidats renoncent à leur candidature suite à la lecture d’avis négatifs (Agence WAT).

Le risque ? Voir s’effondrer en quelques jours ce que vous avez mis des années à construire. Une campagne de recrutement peut être désertée, des employés peuvent hésiter à s’afficher comme ambassadeurs, et vos clients eux-mêmes peuvent douter de vos valeurs.

En bref, le bad buzz agit comme un révélateur : il met en lumière les failles internes et pousse l’opinion publique à vous juger sans appel. Pour votre marque employeur, c’est un double enjeu : protéger votre réputation et prouver que vos valeurs ne sont pas qu’un slogan.

Gérer la crise en 5 étapes

Éteindre l’incendie n’est pas toujours une mince affaire et nécessite de s’entourer d’une équipe de choc, avec des expertises complémentaires.

1. Détecter rapidement le signal faible

Voir naître la crise bien avant qu’elle n’éclate : tel est l’objectif à viser. Car identifier le problème le plus tôt possible, c’est pouvoir se donner les moyens d’agir avant qu’il ne prenne une ampleur plus importante.

Si votre entreprise est active sur les réseaux sociaux, votre Community manager ou la personne en charge de la gestion de ces plateformes doit à tout prix réaliser une veille active. Un outil de social listening permet de suivre en direct les réactions à vos posts, mais aussi les mentions de votre marque, et l’analyse du sentiment. Un outil qui vous permettra de repérer le bad buzz rapidement.

Une fois que, tel un enquêteur, vous êtes remonté à l’origine du problème, il convient d’estimer l’ampleur de la crise : est-elle virale ? est-elle encore contenue et limitée à des sphères internes, communautaires ou d’influence ?

2. Évaluer la gravité et définir la posture

Une fois la crise détectée, il est essentiel d’en mesurer rapidement l’ampleur pour adopter la bonne stratégie. Car toutes les polémiques ne se valent pas : certaines restent circonscrites à une communauté ou à un réseau social, quand d’autres se propagent comme une traînée de poudre et prennent une dimension nationale, voire médiatique.

L’évaluation doit se faire selon plusieurs critères : le volume des réactions (quelques mentions isolées ou un flot de commentaires ?), la vitesse de propagation (croissance en quelques heures ou simple pic ponctuel ?), la nature des sources (internautes anonymes, collaborateurs actuels, influenceurs, médias…), et enfin la gravité des accusations (plainte d’un client mécontent, mise en cause d’un manager, sujet sensible comme la discrimination ou la sécurité au travail).

C’est en fonction de cette analyse que se définit la posture à adopter :

  • Bad buzz mineur : un flot d’avis négatifs ou un commentaire virulent peut parfois s’éteindre de lui-même. Ici, la stratégie consiste à garder une veille active, et éventuellement à répondre de façon factuelle et posée pour calmer le jeu. Le silence peut aussi être une option, si répondre risque d’amplifier le bruit.
  • Crise majeure : lorsque l’ampleur est significative, qu’elle touche directement vos salariés ou qu’elle menace la réputation globale de l’entreprise, une prise de parole officielle est incontournable. Elle doit être incarnée par la direction ou les RH, avec un discours transparent, empathique et accompagné d’actions concrètes.

En bref, il ne s’agit pas de réagir vite à tout prix, mais de réagir juste : calibrer la réponse au niveau réel de la crise pour protéger la marque employeur sans nourrir l’incendie.

Réagir avec transparence et empathie

Face au bad buzz, le pire réflexe est de se réfugier dans le silence, le déni ou la communication défensive. Dans l’ère des réseaux sociaux, la transparence est la seule monnaie crédible : toute tentative d’esquive est aussitôt perçue comme une preuve de culpabilité ou de manipulation.

Quelques principes clés :

  • Reconnaître les faits lorsqu’ils sont avérés : ne pas minimiser, ne pas tourner autour du pot. Admettre un dysfonctionnement ou une erreur est la première étape vers la reconstruction de la confiance.
  • Montrer de l’écoute et de l’empathie : répondre aux critiques avec considération, sans agressivité ni condescendance. Derrière chaque commentaire, il y a une émotion à entendre.
  • Adopter un ton humain : éviter le jargon corporate ou les communiqués impersonnels. Une parole incarnée, claire et directe, a beaucoup plus de force.
  • Apporter des preuves d’action : la transparence n’a de valeur que si elle est suivie d’engagements concrets (mesures correctives, dialogue ouvert, audits, améliorations réelles).

En bref : admettre, expliquer, corriger. La sincérité et la cohérence entre discours et actes permettent de transformer une crise en opportunité de crédibiliser ses valeurs.

Mobiliser les bons acteurs

Un bad buzz ne se gère pas en solitaire. La réactivité et la cohérence du discours passent par une organisation claire, où chacun connaît son rôle.

  • La direction : portent la parole officielle de l’entreprise quand la crise est majeur.
  • Les RH : protègent l’image auprès des candidats et des collaborateurs.
  • L’équipe communication / Community manager : surveillent, détectent et répondent en première ligne.
  • Les ambassadeurs internes : relaient une parole positive et authentique.
  • Le juridique (si nécessaire) : intervient en cas de diffamation, de violation des droits ou de menaces graves.

Préserver et reconstruire sa marque employeur

Un bad buzz n’est pas une fin en soi : c’est l’occasion de montrer la solidité de vos valeurs. Pour préserver votre marque employeur, il faut d’abord reconnaître les faits et agir rapidement avec transparence. Une parole claire et empathique, incarnée par la direction ou les RH, permet de restaurer la confiance.

La reconstruction passe ensuite par des actions concrètes : corriger les dysfonctionnements révélés, impliquer les collaborateurs dans l’amélioration des pratiques et valoriser leurs témoignages authentiques.

Enfin, la crédibilité se joue dans la durée : partager régulièrement vos progrès et prouver que la crise a conduit à un véritable changement. En somme, transformer une épreuve en opportunité, et un incident en levier de confiance durable. Et réussir la communication de sa marque employeur, c’est la soigner sur le long-terme.

Le cas Body Minute : un exemple de bad buzz RH

Pour illustrer la gestion du bad buzz par une entreprise, prenons l’exemple de Body Minute (un réseau d’institut de beauté français) qui a fait couler beaucoup d’encre et généré des réactions en chaîne sur les réseaux sociaux.

L’incident part d’une vidéo publiée il y a 2 ans par la créatrice de contenu Laurène Levy, où elle parodie les esthéticiennes de l’enseigne Body Minute et relate une expérience client qu’elle juste insatisfaisante.

capture d'écran de la vidéo de Laurène Levy sur Body Minute

L’escalade de la crise

Une gentille moquerie qui n’a pas du tout plu à l’entreprise. Plutôt que de se contenter de laisser le débat s’éteindre, elle engage une stratégie agressive. Body Minute publie des vidéos de riposte, dans lesquelles la marque interpelle directement Laurène Lévy, lui donnant le surnom “Laurène la haine”.

Elle annonce par ailleurs avoir porté plainte contre elle afin qu’elle retire la vidéo incriminée. Dans son communiqué officiel, le groupe justifie ce recours légal par la volonté de “protéger l’image et la dignité” des esthéticiennes, déplorant que la vidéo dépeint une version exagérée et dévalorisante de ce métier.

Mais loin d’éteindre la polémique, la réaction alimente un effet Streisand : en cherchant à étouffer ou contrôler le discours, l’entreprise amplifie la visibilité du conflit. Sur les réseaux, beaucoup jugent la posture de Body Minute excessivement défensive, manquant de sensibilité et d’humilité.

Les retombées internes, financières et réputationnelles

L’impact s’est fait sentir très concrètement pour la franchise et les collaboratrices :

  • Plusieurs témoignages de franchisées évoquent une forte baisse d’activité : l’une d’elles parle même d’une chute de chiffre d’affaires de “60 à 70 %”.
  • Certaines franchisées auraient saisi les prud’hommes pour dénoncer un salariat déguisé et un contrôle managérial excessif de la direction centralisée du réseau.
  • Au niveau de la réputation, Visibrain relève qu’en quelques jours, plus de 7 600 tweets mentionnent Body Minute (soit 167 fois plus que la moyenne) ; les vidéos de réponse du groupe cumulative plus de 6,2 millions de vues.
  • Enfin, la crise déstabilise les franchisés qui se sentent exposés : des mails internes auraient été envoyés pour demander aux esthéticiennes de ne pas s’exprimer publiquement ni mentionner la marque dans leurs publications personnelles.

Ce qu’illustre cette affaire – et les leçons à en tirer

  • L’importance du ton et de l’attitude : la posture de riposte sans recul a souvent été jugée contre-productive. Plusieurs experts en communication jugent que Body Minute s’est éloignée de l’époque “conversationnelle” des réseaux sociaux.
  • Quand la crise révèle des tensions internes : la popularité de témoignages de collaboratrices et de franchisées montre que le bad buzz peut donner un coup de projecteurs sur des factures internes.
  • La gestion juridique est un pari risqué : agir en justice nuit rarement à la perception publique ; dans ce cas, cela a souvent été interprété comme une tentative de museler la critique.
  • Une confiance mise à l’épreuve : pour les candidates comme pour les collaborateurs, cette crise pose une question centrale : si la marque réagit de façon agressive quand on la critique, est-elle vraiment en mesure de vivre ses valeurs en interne ?

Éviter le bad buzz : anticiper pour mieux gérer

Si gérer une crise est indispensable, l’idéal reste bien entendu de tout mettre en œuvre pour éviter qu’elle n’éclate. Anticiper, c’est se doter d’outils et de pratiques qui renforcent à la fois la résilience de l’entreprise et la solidité de sa marque employeur.

1. Soigner sa marque employeur en continu

Une entreprise qui cultive une marque employeur authentique, cohérente et alignée avec ses pratiques internes est mieux armée face aux tempêtes numériques. Investir dans la qualité de l’expérience collaborateur (écoute, reconnaissance, transparence) et dans une communication RH sincère permet de réduire l’écart entre ce qui est affiché et ce qui est vécu. Cet alignement limite le risque que des critiques soient perçues comme crédibles et viralisent.

2. Mettre en place une veille proactive

Le bad buzz naît rarement de nulle part. Une veille active sur les réseaux sociaux, les sites d’avis comme Glassdoor et les forums permet de repérer les signaux faibles (plaintes récurrentes, commentaires négatifs, débats émergents). En intégrant le social listening dans vos pratiques quotidiennes, vous pouvez agir avant que l’étincelle ne se transforme en incendie.

3. Former et responsabiliser les collaborateurs

Chaque collaborateur est potentiellement un ambassadeur… ou une source involontaire de crise. Les sensibiliser aux bonnes pratiques numériques, clarifier les règles de prise de parole et valoriser leurs témoignages authentiques contribue à bâtir une communication positive et maîtrisée.

4. Préparer un plan de gestion de crise

Un bad buzz se joue souvent en quelques heures : mieux vaut donc anticiper les scénarios. Définir à l’avance les rôles (qui parle ? qui décide ? qui répond aux médias ?), rédiger des templates de réponses adaptées et prévoir une cellule de crise permet de gagner un temps précieux au moment où tout s’accélère.

5. Miser sur la transparence dès le départ

Plus vos pratiques internes sont claires et vos engagements visibles, plus vous réduisez le risque d’être accusé de double discours. Publier vos avancées RSE, partager vos actions RH, accepter le dialogue avec les candidats et les salariés crée une confiance durable.

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