Bloqué à l’étranger : que risque un salarié qui ne peut pas retourner au bureau ?

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Près de 400 000 ressortissants français seraient actuellement bloqués dans une douzaine de pays touchés par le conflit avec l’Iran. Fermeture des espaces aériens, annulations de vols en cascade, incertitudes diplomatiques : pour beaucoup, le retour en France est impossible à court terme.

Mais lorsqu’un salarié ne peut pas rentrer et reprendre son poste, quelles sont les conséquences sur son contrat de travail ? Risque-t-il une sanction ? Une suspension de salaire ? Ou bénéficie-t-il d’une protection particulière ? Éléments de réponse.

Un “cas de force majeure”

En droit du travail, un salarié ne peut être tenu responsable de son absence si celle-ci résulte d’un cas de force majeure.

La force majeure se définit comme un événement extérieur, imprévisible et irrésistible, qui empêche l’exécution du contrat de travail. Une fermeture d’espace aérien liée à un conflit international entre clairement dans cette catégorie.

Autrement dit : si un salarié est objectivement empêché de rentrer, l’absence ne peut pas donner lieu à une sanction disciplinaire.

Encore faut-il respecter certaines obligations. Le salarié doit :

  • Prévenir son employeur au plus tôt ;
  • Expliquer sa situation ;
  • Fournir tous les justificatifs utiles : mails des compagnies aériennes, attestations d’annulation de vol, preuves de localisation.

Il est également essentiel de tenir l’employeur informé de l’évolution de la situation. La transparence reste la meilleure protection.

Quid de la rémunération ?

Sur le papier, l’absence justifiée écarte le risque disciplinaire. Mais la question de la rémunération est plus complexe.

En principe, si le salarié est dans l’incapacité totale de travailler et qu’aucune prestation n’est fournie, l’employeur peut suspendre le versement du salaire pendant cette période dite “d’impossibilité d’exécution”. Le contrat de travail est alors suspendu.

Toutefois, dans des circonstances exceptionnelles, une suspension unilatérale de la rémunération pourrait être contestée devant le Conseil de prud’hommes, notamment si la situation révèle un déséquilibre manifeste ou si des alternatives étaient envisageables.

Dans les faits, la solution la plus sécurisée reste souvent un accord amiable : maintien partiel de salaire, aménagement temporaire, ou recours à d’autres dispositifs.

Un cas doit être distingué : celui du déplacement professionnel. Si le salarié était en mission pour le compte de l’entreprise, l’employeur est tenu d’une obligation de sécurité. Cela implique non seulement l’organisation du rapatriement, mais également le maintien de la rémunération pendant toute la durée du blocage. La responsabilité de l’employeur est alors engagée de manière beaucoup plus directe.

L’option du télétravail

Lorsque cela est possible, le télétravail constitue la solution la plus simple.

Si les missions peuvent être réalisées à distance, le contrat se poursuit normalement et la rémunération est maintenue.

Encore faut-il que les conditions matérielles le permettent : connexion stable, décalage horaire compatible, accès sécurisé aux outils de l’entreprise.

Si le télétravail est impossible, plusieurs alternatives peuvent être envisagées : prise de RTT, utilisation de jours de congés payés ou accord spécifique entre les parties. Là encore, le dialogue demeure central.

Côté RH : comment gérer la situation ?

Au-delà des aspects juridiques, ces situations soulèvent deux enjeux majeurs pour les services RH.

L’aspect psychologique

Un salarié bloqué à l’étranger dans un contexte géopolitique tendu peut être en situation de stress important. L’incertitude, l’éloignement, les difficultés logistiques pèsent lourdement.

Maintenir un contact régulier, rassurer sur la situation contractuelle et éviter toute pression inutile relèvent d’une responsabilité managériale essentielle.

L’aspect administratif

Traçabilité des échanges, conservation des justificatifs, formalisation des décisions prises : la rigueur administrative est indispensable.

Chaque situation est singulière. L’analyse doit être faite au cas par cas, en tenant compte de la nature du déplacement, des possibilités de travail à distance et du contexte global.

En période de crise internationale, le droit du travail offre un cadre, mais il ne remplace ni le dialogue ni la responsabilité. Dans ces situations exceptionnelles, l’équilibre repose souvent moins sur la règle stricte que sur la capacité à trouver une solution pragmatique et humaine.

En bref

  • Prévenez votre employeur immédiatement et transmettez tous les justificatifs (annulations, localisation, preuves du blocage).
  • Si l’absence est liée à une force majeure, le risque de sanction disciplinaire est en principe écarté.
  • Le salaire peut être suspendu si aucun travail n’est possible, sauf accord amiable ou situation contestable.
  • Si le blocage survient lors d’un déplacement professionnel, l’employeur doit assurer votre protection, rapatriement et rémunération.

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