Un CDI “spécial jeunes”. C’est l’idée avancée par le Medef il y a quelques jours – et elle n’est pas passée inaperçue. En quelques heures, la proposition a déclenché un tollé, aussi bien du côté des syndicats que de l’opinion publique.
En toile de fond, un objectif affiché par l’organisation patronale : tenter de répondre au chômage des jeunes, qui continue de frapper fort en France. Mais derrière l’intention, le dispositif soulève de nombreuses questions. Décryptage.
En quoi consiste la proposition du Medef d’un CDI pour les jeunes ?
Sur le papier, le Medef propose la création d’un CDI dédié aux jeunes, présenté comme plus souple que le CDI classique. L’idée centrale : permettre aux employeurs de recruter plus facilement en allégeant les contraintes liées à la rupture du contrat. Concrètement, ce CDI pourrait être rompu sans justification pendant une période pouvant aller jusqu’à trois ans – une durée sans précédent au regard du droit du travail actuel.
Pour défendre cette proposition, le Medef met en avant un constat bien connu : le chômage des moins de 25 ans reste structurellement élevé en France, et nettement supérieur à celui observé chez certains de nos voisins européens. À titre de comparaison, il serait environ trois fois plus élevé qu’en Allemagne, un écart que l’organisation patronale juge révélateur de freins persistants à l’embauche des jeunes.
Difficile, toutefois, de ne pas voir dans ce projet un air de déjà-vu. Le dispositif rappelle en effet le Contrat première embauche (CPE), instauré en 2006 par Dominique de Villepin, alors Premier ministre. À l’époque, la possibilité de rompre un contrat sans motif pendant deux ans avait provoqué une mobilisation sociale massive, contraignant le gouvernement à retirer le texte avant même son entrée en vigueur.
La version aujourd’hui évoquée irait même plus loin. La période assimilée à une période d’essai pourrait durer jusqu’à trois ans, pendant lesquels le contrat serait rompable à tout moment.
Autre point sensible : la question de la rémunération. Le Medef suggère d’adapter le niveau du SMIC pour certains primo-entrants, dans une logique d’”incitation à l’embauche”, sur une durée limitée et via la négociation collective. Une idée qui réactive le débat autour d’un éventuel “SMIC jeunes”, régulièrement rejeté par les organisations syndicales.
Face à la polémique, le gouvernement a rapidement temporisé, indiquant que cette mesure n’était ”pas à l’ordre du jour”.Sans pour autant éteindre le débat.
Chômage des jeunes : la hausse qui inquiète
Si la proposition divise, elle s’inscrit dans un contexte économique bien réel. Sur un an, le nombre total de demandeurs d’emploi a progressé de 6,8 %, et les jeunes figurent parmi les premières victimes de cette dégradation.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A chez les moins de 25 ans a augmenté de 1,7 % au quatrième trimestre, et surtout de 23 % sur un an. Une hausse nettement plus marquée que pour les autres classes d’âge, qui confirme à quel point l’entrée sur le marché du travail reste fragile pour les jeunes générations.
Dans un contexte économique incertain, les premières embauches sont souvent les premières ajustées. Résultat : les jeunes paient de plein fouet les ralentissements conjoncturels. De quoi expliquer le retour régulier de propositions visant à assouplir leur accès à l’emploi – quitte à rouvrir des débats que beaucoup pensaient clos.
Le CDI, toujours un horizon désirable ?
Cette proposition intervient aussi dans un contexte où le CDI n’occupe plus tout à fait la même place dans l’imaginaire des jeunes générations. Longtemps perçu comme l’horizon naturel (voire l’objectif ultime) de l’entrée dans la vie active, le contrat à durée indéterminée ne fait plus autant rêver qu’auparavant.
C’est en tout cas ce que révèle la deuxième édition du baromètre sur les aspirations et les comportements des jeunes diplômés Bac +5, dévoilé par EDHEC et JobTeaser. Selon l’étude, plus d’un étudiant sur trois n’envisage pas de CDI à la sortie de ses études. Un chiffre qui témoigne d’un rapport plus distancié au modèle traditionnel de carrière.
Cette évolution se confirme dans les projections professionnelles : 82 % des jeunes diplômés ne se voient pas rester plus de deux ans dans la même entreprise. La stabilité à long terme laisse place à une logique de parcours, d’expériences successives et d’apprentissage continu.
Sur un temps plus long, la réorientation professionnelle est déjà largement envisagée, qu’elle soit choisie ou subie, signe d’un rapport au travail plus flexible, mais aussi plus incertain.
À ces interrogations s’ajoutent de nouvelles inquiétudes. À moyen terme, plus d’un jeune sur quatre se dit préoccupé par l’impact de l’intelligence artificielle sur son métier, voire sur son employabilité. Dans ce contexte, la promesse d’un CDI, même “sécurisé” sur le papier, ne suffit plus à répondre aux attentes de sens, d’évolution et de projection professionnelle portées par les nouvelles générations.