À partir du 1er mars 2026, un nouveau cap s’impose aux grandes entreprises françaises : 30 % de femmes dans les instances dirigeantes.
Avec la loi Rixain, l’égalité professionnelle quitte le terrain des intentions pour entrer dans celui des obligations – et des sanctions. Si les chiffres progressent, le sommet exécutif reste encore largement masculin. Décryptage d’une réforme qui pourrait durablement transformer les centres de pouvoir.
Une étape majeure de la Loi Rixain
À partir du 1er mars 2026, les entreprises de plus de 1 000 salariés franchissent une marche réglementaire très concrète : elles doivent compter au moins 30 % de femmes à la fois dans leurs instances dirigeantes (type Comex/Codir) et parmi leurs cadres dirigeants.
Ce n’est pas une recommandation RSE-friendly de plus : la loi prévoit une sanction pouvant aller jusqu’à 1 % de la masse salariale annuelle en cas de non-respect. Et surtout, 2026 n’est qu’une étape : la trajectoire continue vers 40 % au 1er mars 2029.
Loi Rixain : de quoi parle-t-on, exactement ?
Adoptée le 24 décembre 2021, la loi Rixain marque un changement de focale : il ne s’agit plus seulement d’améliorer la représentation des femmes dans les organes de gouvernance, mais de garantir leur accès aux fonctions exécutives qui concentrent le pouvoir réel dans l’entreprise.
Elle s’inscrit dans la continuité de la loi Copé-Zimmermann, qui a profondément transformé la composition des conseils d’administration. Mais là où Copé-Zimmermann agissait sur la gouvernance, la loi Rixain cible désormais le cœur décisionnel : comités exécutifs, comités de direction, cadres dirigeants.
Un bilan encourageant pour la féminisation…
Bonne nouvelle : sur le papier, une partie des grandes entreprises semble “dans les clous” pour le seuil 2026.
D’après le baromètre IFA/Ethics & Boards, publié le 19 février 2026, les instances dirigeantes (comités exécutifs et comités de direction) du SBF 120 et du CAC 40 comptaient respectivement 30 % et 31 % de femmes en 2025, soit un niveau déjà aligné avec le seuil exigé par la loi Rixain.
La dynamique est encore plus nette du côté des conseils d’administration : l’étude souligne un niveau de féminisation “historiquement élevé”. Les femmes représentent désormais 46 % des administrateurs au sein du SBF 120, et 46,4 %dans le CAC 40.
En clair, la France confirme son statut de référence en Europe en matière de mixité dans les conseils. Reste à transformer l’essai là où se concentrent encore les leviers de pouvoir : l’exécutif.
… mais un plafond de verre qui reste solide
Le décor change, mais le sommet reste difficile d’accès. Toujours selon le baromètre, l’accès des femmes aux fonctions les plus symboliques – et surtout les plus décisives – demeure très limité.
À la présidence de conseil, d’abord : en 2026, les femmes ne représentent que 13,3 % des présidences dans le SBF 120, et seulement 5 % dans le CAC 40. Autrement dit, la gouvernance se féminise, mais la fonction qui arbitre, influence et pèse sur les grandes nominations reste très majoritairement masculine.
Même constat du côté de l’exécutif : les femmes directrices générales ne représentent que 10 % des entreprises du SBF 120 et du CAC 40 en 2026 – un chiffre qui illustre la difficulté à franchir la dernière marche vers le pouvoir opérationnel.
Bref, oui, les lignes bougent. Mais tant que les postes les plus stratégiques (présidence, DG, pilotage d’activités opérationnelles) restent si peu accessibles, la parité au sommet continuera d’avancer… à pas comptés.
Quelles autres mesures pour atteindre la parité ?
La loi Rixain fixe un cap. Mais pour transformer durablement les entreprises, elle devra s’appuyer sur d’autres leviers structurants.
La transparence salariale, prochain accélérateur
La transposition en droit français de la directive européenne sur la transparence salariale va rebattre les cartes. Elle impose davantage de clarté sur les niveaux de rémunération, les critères d’évolution et les écarts constatés.
Cette évolution aura un impact direct sur l’Index de l’égalité professionnelle, dont les modalités de calcul devront évoluer pour intégrer des obligations de reporting plus exigeantes et comparables. Pour les entreprises, cela signifie une chose : la question des écarts de rémunération ne pourra plus être traitée à la marge.
Or, les inégalités salariales nourrissent mécaniquement les inégalités d’accès aux postes stratégiques. Corriger les écarts à la source, c’est aussi agir sur le vivier des futures dirigeantes.
RH : agir en amont pour l’égalité professionnelle
Atteindre la parité dans les instances dirigeantes suppose un travail de fond sur les parcours.
Cela passe notamment par :
- des programmes de développement dédiés aux femmes (leadership, exposition internationale, pilotage de centres de profit) ;
- un accompagnement structuré des carrières, avec des plans de succession intégrant réellement des profils féminins ;
- une vigilance accrue sur les biais dans l’évaluation du potentiel.
Mais un autre sujet reste central : la politique parentale. Tant que la charge familiale pèsera majoritairement sur les femmes, les trajectoires vers les postes à forte responsabilité resteront pénalisées. Réforme du congé parental, flexibilité assumée, retour progressif après une absence longue : ces dispositifs ne relèvent plus du “confort social”, mais d’une stratégie d’égalité.
En résumé, la parité ne se décrète pas uniquement au sommet. Elle se construit dans la durée – dans les rémunérations, les promotions et l’organisation même du travail.
En bref
Dès le 1er mars 2026, les entreprises de plus de 1 000 salariés devront compter au moins 30 % de femmes dans leurs instances dirigeantes et parmi leurs cadres dirigeants.
En cas de non-respect, la loi Rixain prévoit une sanction pouvant aller jusqu’à 1 % de la masse salariale annuelle, avec un objectif porté à 40 % en 2029.
Si les comités exécutifs du CAC 40 et du SBF 120 atteignent autour de 30 % de femmes, les postes de présidence et de direction générale restent très majoritairement masculins.
Pour atteindre une parité durable, les entreprises devront agir sur la transparence salariale, les parcours de carrière et les politiques parentales.