“Pas de Gen Z” : quand une offre d’emploi révèle une marque employeur dépassée

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Une offre d’emploi publiée en Suisse a récemment fait réagir. En cause : une mention explicite excluant les candidats issus de la Gen Z pour un poste. Simple faux pas en matière de marque employeur… ou symptôme d’un malaise plus profond ? Décryptage.

No Gen Z allowed

Cette annonce publiée en Suisse sur le site jobs.ch n’a pas manqué de faire réagir. L’employeur, à la recherche d’un chef d’équipe en soins infirmiers, y affichait un critère de sélection pour le moins discutable : « chef d’équipe soins infirmiers empathique et bienveillant – pas de génération Z ». Il précisait également vouloir éviter les candidats relevant, selon ses mots, d’une “mentalité congé maladie du lundi au vendredi”.

Sans surprise, l’annonce a rapidement suscité l’indignation, avant d’être supprimée. En France, rappelons qu’une telle formulation serait illégale : l’âge fait partie des critères de discrimination interdits par l’article L1132-1 du Code du travail.

Le symptôme d’un malaise intergénérationnel

Au-delà de la polémique, cette annonce est le symptôme d’un profond malaise intergénérationnel. La Gen Z (qui, on le rappelle, est née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010) souffre de stéréotypes qui ont la vie dure :

  • 57% des employeurs les jugent moins investie au travail que leurs aînés,
  • 72% pensent qu’ils sont moins fidèles à l’entreprise,
  • 53% qu’ils sont moins respectueux de la hiérarchie (étude Ipsos x Cesi 2024).

Des perceptions qui donnent souvent lieu à des discours à l’emporte-pièce : “la gen Z est fainéante”, “ils ne veulent plus travailler”, “ils ne respectent plus personne”.

Des croyances pourtant démenties par les multiples enquêtes sur cette nouvelle génération, qui montrent paradoxalement un réel investissement. 84 % des jeunes de 18 à 28 ans disent avoir le goût du travail, et 85 % considèrent la réussite professionnelle comme essentielle.

Alors, d’où vient ce décalage ? Simple choc générationnel, ou incompréhension plus profonde des nouvelles attentes au travail ?

Un choc plus culturel que générationnel

En réalité, le sujet dépasse largement une question d’âge. Ce qui crispe certaines entreprises, ce n’est pas tant la Gen Z elle-même que ce qu’elle vient mettre sur la table : un autre rapport au travail.

Une attente plus forte de sens, d’équilibre, de transparence. Un besoin de feedback plus régulier. Une envie d’autonomie, mais aussi de cohérence entre les discours et les pratiques.

Autrement dit, des sujets que beaucoup d’actifs partagent déjà, toutes générations confondues.

La Gen Z ne fait donc pas apparaître ces attentes : elle les exprime simplement plus frontalement. Et c’est peut-être là que se situe le vrai décalage. Certaines entreprises y voient une remise en cause de leur autorité ou de leurs habitudes, quand il faudrait plutôt y voir un signal d’évolution du marché du travail.

Car sur ces sujets, le marché a déjà tranché : les candidats ne veulent plus seulement un poste. Ils veulent comprendre dans quel cadre ils vont travailler, comment ils seront accompagnés, et ce que l’entreprise attend réellement d’eux.

Une erreur qui coûte cher à la marque employeur

Et c’est justement là que l’annonce devient problématique : elle ne fait pas que traduire une incompréhension des attentes de la Gen Z. Elle expose publiquement l’incapacité d’une entreprise à composer avec elles. Autrement dit, ce n’est plus seulement un sujet de recrutement ou de management. C’est une erreur de marque employeur.

Car une offre d’emploi n’est jamais seulement une offre d’emploi. C’est aussi un contenu public, un point de contact candidat, un signal envoyé au marché. En quelques lignes, elle raconte une culture, une manière de manager, une vision du collectif. Dans le cas de cette annonce, le message implicite est clair : plutôt que de chercher à manager la Gen Z, l’entreprise préfère l’exclure.

Ici, l’erreur devient stratégique. Une telle formulation ne fait pas seulement fuir les jeunes candidats concernés. Elle peut aussi décourager d’autres profils, qui y verront une organisation rigide, peu ouverte, voire incapable de cultiver les relations entre générations. À l’heure où les candidats scrutent les prises de parole des entreprises autant que leurs avantages, une phrase de trop peut fragiliser toute une promesse employeur.

 

 

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