Emploi futur : un renouveau pour l’emploi des jeunes ?

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Le 7 mai dernier, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a présenté son plan “Emploi futur”. Quinze mesures, trois axes stratégiques et quatre ministères mobilisés.

L’objectif affiché : remettre les 16-25 ans dans le circuit de l’emploi avant que la situation ne se dégrade davantage. Zoom sur les trois axes qui pourraient redresser la barre.

Une situation qui justifie le plan

Avec un taux de chômage des jeunes qui grimpe et une dynamique de l’alternance qui ralentit, le gouvernement a fini par passer à l’action.

Fin 2025, le taux de chômage des 15-24 ans a atteint 21,5 %, soit 126 000 demandeurs d’emploi supplémentaires sur le seul quatrième trimestre. Plus d’un jeune sur cinq est aujourd’hui concerné.

Et la dynamique ne s’inverse pas. Les recrutements continuent de baisser, avec une projection de 2,27 millions de projets de recrutement en 2026. Soit -6,5 %. Et comme souvent, ce sont les jeunes qui trinquent en premier face à un marché qui se rétracte.

Axe 1 : mieux orienter pour mieux insérer

Premier volet du plan : l’orientation.

Aujourd’hui, le marché du travail manque cruellement de visibilité pour les jeunes. Des filières saturées continuent d’attirer des candidats pendant que des secteurs en tension peinent à recruter. Pour tenter de combler ce décalage, le gouvernement mise sur plusieurs leviers :

  • La création d’InserScore, un outil pour mieux informer sur les débouchés réels du marché.
  • Une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) à l’échelle des secteurs stratégiques.
  • Une nouvelle application baptisée 1JeuneDesSolutions pour centraliser l’information utile aux jeunes.
  • Un coup d’accélérateur sur les formations courtes et professionnalisantes.

L’idée derrière tout ça : raccourcir le délai entre la formation et l’emploi, et mieux faire correspondre les deux. Ce qui suppose aussi de revaloriser auprès des jeunes des métiers parfois mal aimés mais qui recrutent massivement.

Axe 2 : rapprocher les jeunes de l’entreprise

Le deuxième axe est plus classique mais reste essentiel. Il s’agit de généraliser l’expérience en entreprise dans tous les dispositifs jeunes (CEJ, PACEA, AIJ…) et de co-construire les parcours avec les branches professionnelles. À cela s’ajoute la création d’un ”Passeport de compétences”, pensé pour valoriser les acquis des jeunes (expériences, stages, formations courtes) au-delà du seul diplôme.

Sur ce point, le gouvernement touche un vrai sujet. Beaucoup de jeunes voient leurs compétences ignorées par un système encore très centré sur les parcours académiques classiques. Et l’image que certaines entreprises renvoient aux jeunes générations n’arrange clairement pas l’affaire.

Axe 3 : prévenir les ruptures de parcours

C’est sans doute l’axe le plus ambitieux du plan, et celui qui s’attaque à un point noir historique des politiques d’emploi : les jeunes qui décrochent. Les NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation) restent un angle mort depuis bien trop longtemps.

Pour y répondre, le plan déploie plusieurs dispositifs :

  • La consolidation d’AvenirPro et AvenirPro+ pour mieux accompagner les sortants du lycée professionnel.
  • Un pilotage renforcé de l’obligation de formation pour lutter contre le décrochage scolaire.
  • La mobilisation des structures de parcours personnalisés (EPIDE, Écoles de la 2e Chance, écoles de production) pour les publics les plus fragiles.

Autre point fort de cet axe : le renforcement du mentorat et du parrainage, avec un ciblage prioritaire des jeunes les plus vulnérables. Une approche qui mise sur la relation humaine plutôt que sur les seuls dispositifs administratifs, et qui pourrait bien faire la différence là où les politiques publiques classiques peinent à atteindre leurs cibles.

L’alternance, on en parle ?

C’est là où ça se complique. Si “Emploi futur” se présente comme une stratégie globale, l’alternance n’y occupe pas la place centrale qu’on aurait pu espérer. Or c’est précisément le dispositif qui, ces dernières années, avait permis de faire reculer significativement le chômage chez les 15-24 ans.

Depuis que les aides à l’embauche d’apprentis ont été rabotées, l’élan retombe. Le taux d’emploi en alternance recule de 0,2 point sur un an. Un décrochage qui pèse lourd dans un système où chaque levier compte. Et le plan reste très discret sur la question des aides, alors que c’est probablement le levier qui produirait des effets le plus rapidement.

En parallèle, d’autres pistes ressurgissent. Le Medef plaide notamment pour la création d’un “CDI jeune”, censé sécuriser l’entrée des moins de 30 ans dans l’emploi durable. Une proposition qui n’a pas vraiment convaincu côté syndicats… La CGT y voit surtout un bon moyen de fragiliser le contrat de travail.

Un plan attendu, mais à confronter au réel

Au-delà des annonces, la vraie question est ailleurs : ces quinze mesures suffiront-elles à inverser la courbe ?

Difficile à dire à ce stade. Les politiques d’emploi pour les jeunes se succèdent depuis plus de quarante ans avec des résultats inégaux, et les leviers d’action publique se heurtent souvent au même mur :

  • Sans dynamique de croissance.
  • Sans confiance des entreprises.
  • Sans projection à long terme.

Reste qu’annoncer un plan, c’est reconnaître publiquement qu’il y a un problème. Et après des mois où le sujet de l’emploi des jeunes peinait à s’imposer dans l’agenda politique, ce signal compte. La vraie réponse viendra de ce que les mesures produiront concrètement dans les mois qui viennent.

En bref

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Un contexte préoccupant : 21,5 % de chômage chez les 15-24 ans fin 2025, 126 000 demandeurs d’emploi supplémentaires sur le seul Q4.
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Une réponse structurée : 15 mesures réparties en 3 axes, présentée le 7 mai par le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou.
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Trois axes stratégiques : mieux orienter et former, rapprocher de l’entreprise, prévenir les ruptures.
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Un grand absent : l’alternance, qui reste pourtant le principal amortisseur du chômage des jeunes et qui s’essouffle depuis la baisse des aides à l’embauche.

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