Grandes écoles : la recherche d’emploi des diplômés atteint un niveau record

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Même les diplômés des grandes écoles n’échappent plus au ralentissement du marché de l’emploi. Selon la dernière enquête de la Conférence des grandes écoles, 20,5 % des diplômés 2025 sont encore en recherche d’emploi quelques mois après leur sortie d’école. Un niveau jamais atteint depuis 2005.

Le diplôme ne protège plus autant qu’avant

C’est un signal fort pour le marché de l’emploi cadre et jeune diplômé. La Conférence des grandes écoles (CGE) a publié, le 11 juin 2026, sa traditionnelle enquête sur l’insertion professionnelle des diplômés des écoles d’ingénieurs, de management et d’autres spécialités comme les arts, l’architecture, le journalisme ou la communication.

Et le constat est net : l’insertion ralentit.

Tous établissements confondus, 76 % des jeunes diplômés de la promotion 2025 sont en poste moins de six mois après l’obtention de leur diplôme. C’est 4,2 points de moins que l’an dernier, où ils étaient encore 80,2 % à avoir trouvé un emploi dans ce délai.

Le recul est d’autant plus marquant qu’il s’inscrit dans une tendance déjà engagée. En 2024, 85,8 % des diplômés avaient décroché un poste. En 2023, ils étaient 90,5 %. En deux ans, le taux net d’emploi a donc chuté de plus de 14 points.

Autrement dit, même les grandes écoles, historiquement associées à une insertion rapide, n’échappent plus au durcissement du marché.

Un diplômé sur cinq encore en recherche d’emploi

Le chiffre le plus parlant reste celui-ci : 20,5 % des diplômés 2025 sont encore en recherche d’emploi quelques mois après leur sortie d’école.

C’est une hausse de 3,6 points en un an, et le niveau le plus élevé observé depuis 2005 par la CGE. Preuve que le chômage des jeunes n’épargne plus, désormais, les profils que l’on pensait les mieux armés.

Un symbole fort, car les grandes écoles ont longtemps été perçues comme un passeport vers l’emploi. Réseau alumni, stages de fin d’études, alternance, forums entreprises, relations écoles-recruteurs : l’écosystème reste solide. Mais il ne suffit plus toujours à compenser le ralentissement des embauches.

Pour les jeunes diplômés, cela signifie des recherches plus longues, plus de concurrence sur les postes juniors et parfois des attentes revues à la baisse sur le premier emploi : localisation, salaire, type de contrat, secteur ou niveau de responsabilité.

Pour les recruteurs, cela change aussi la donne. Les candidats restent qualifiés, mais plus prudents, plus attentifs à la stabilité des entreprises et plus sensibles à la clarté des perspectives proposées.

Ingénieurs, managers, écoles spécialisées : toutes les filières sont touchées

Le ralentissement n’affecte pas toutes les filières de la même manière, mais aucune n’est totalement épargnée.

Les diplômés des écoles d’ingénieurs conservent le meilleur taux d’emploi, avec 77,5 %. Ils restent donc les mieux insérés parmi les profils étudiés par la CGE. Mais ce sont aussi eux qui enregistrent le recul le plus important : -4,9 points en un an.

Les diplômés des écoles de management affichent, eux, un taux net d’emploi de 74,5 %, en baisse de 3,8 points.

Les diplômés des écoles d’autres spécialités, qui regroupent notamment architecture, journalisme, communication, design ou instituts d’études politiques, atteignent 72,2 %. Leur recul est plus limité, avec -1,1 point, mais leur taux d’emploi reste le plus bas des trois catégories.

Ce décalage rappelle une réalité importante : l’insertion des jeunes diplômés dépend autant du niveau de diplôme que du secteur visé, du bassin d’emploi, du type de poste recherché et du volume réel d’opportunités ouvertes aux juniors.

Pourquoi l’insertion des jeunes diplômés ralentit-elle ?

La première explication tient au contexte économique. Les entreprises recrutent toujours, mais elles recrutent avec davantage de prudence.

Selon l’enquête Besoins en main-d’œuvre 2026 de France Travail, les employeurs anticipent 2,275 millions de projets de recrutement cette année. Cela représente une baisse de 6,5 % par rapport à 2025, et le niveau le plus faible depuis 2018.

Dans ce contexte, les postes juniors peuvent être particulièrement exposés. En période d’incertitude, certaines entreprises reportent leurs recrutements, réduisent leurs promotions de graduate programs, privilégient des profils immédiatement opérationnels ou internalisent davantage certaines missions.

Le deuxième facteur tient aux transformations rapides des métiers. L’intelligence artificielle générative, notamment, rebat les cartes dans de nombreuses fonctions : marketing, finance, conseil, développement, data, communication, ressources humaines. Ses effets précis sur l’emploi des jeunes diplômés restent encore difficiles à mesurer, mais une chose est certaine : les compétences attendues évoluent vite.

Les jeunes diplômés doivent désormais prouver non seulement leur formation, mais aussi leur capacité à apprendre, à utiliser les bons outils, à s’adapter aux organisations hybrides et à comprendre les enjeux business dès leur arrivée.

Un signal d’alerte pour les recruteurs

Cette actualité ne concerne pas seulement les écoles ou les jeunes diplômés. Elle interroge aussi les entreprises.

Pendant des années, de nombreux recruteurs ont considéré les jeunes diplômés de grandes écoles comme des profils naturellement disponibles, attractifs et faciles à capter. Le marché actuel oblige à revoir cette posture.

Quand l’insertion ralentit, les attentes des candidats changent. Ils ne cherchent pas seulement un premier poste. Ils cherchent une entreprise capable de leur donner de la visibilité, un cadre d’apprentissage, un management clair et des perspectives réelles.

Une insertion plus difficile, mais pas un déclassement

Faut-il y voir la fin de l’avantage grande école ? Pas exactement.

Les diplômés restent globalement bien insérés, et les taux d’emploi demeurent élevés par rapport à d’autres populations de jeunes actifs. Mais l’enquête CGE montre que le diplôme ne suffit plus, à lui seul, à garantir une insertion rapide.

Le marché devient plus sélectif. Les entreprises arbitrent davantage. Les jeunes diplômés doivent parfois chercher plus longtemps. Et les recruteurs doivent apprendre à mieux convaincre des profils qui, même en période tendue, restent exigeants sur leur premier choix professionnel.

Cette actualité rappelle donc une chose essentielle : l’insertion professionnelle n’est pas qu’une affaire de diplôme. C’est aussi une affaire de rencontre entre des compétences, un projet, une entreprise et un marché.

Pour les RH, l’enjeu est clair : dans un contexte où les recrutements ralentissent, attirer les jeunes talents ne consiste plus à publier une offre et attendre les candidatures. Il faut donner envie, rassurer, accompagner et prouver que l’entreprise sait faire grandir ses nouvelles recrues.

L'article en bref

  • Le taux net d’emploi des jeunes diplômés des grandes écoles tombe à 76 %, contre 80,2 % l’an dernier.
  • 20,5 % des diplômés de la promotion 2025 sont encore en recherche d’emploi quelques mois après leur diplôme.
  • Ingénieurs, managers, écoles spécialisées : toutes les filières reculent, sur fond de marché de l’emploi plus prudent et de recrutements en baisse.

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