Vous pensiez avoir compris les règles de l’entretien professionnel ? La loi du 24 octobre 2025 les a remises à plat. L’entretien professionnel change de nom, de rythme, de contenu et de logique. Il devient l’entretien de parcours professionnel (EPP), et le compte à rebours est lancé pour les entreprises.
Celles qui n’ont pas d’accord collectif sont déjà concernées depuis le 26 octobre 2025. Les autres ont jusqu’au 1er octobre 2026 pour mettre leurs accords en conformité. En dehors de ce délai, les accords non révisés tombent en caducité. Bref, ce n’est pas le genre de réforme qu’on peut remettre à la rentrée.
Voici tout ce que les équipes RH doivent maîtriser sur l’entretien de parcours professionnel, des nouvelles règles aux obligations concrètes en passant par les pièges à éviter.
Qu’est-ce que l’entretien de parcours professionnel ?
L’entretien de parcours professionnel (EPP) est le successeur de l’ancien entretien professionnel, instauré par la loi de 2014. Il est désormais défini par l’article L. 6315-1 du Code du travail modifié, tel qu’il résulte de la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 portant transposition des accords nationaux interprofessionnels en faveur de l’emploi des salariés expérimentés.
La différence avec l’ancien dispositif n’est pas que cosmétique. Là où l’entretien professionnel fonctionnait comme un rendez-vous administratif souvent perçu comme une contrainte, l’EPP ambitionne de devenir un vrai outil de gestion des carrières. L’idée est de passer d’un exercice de conformité à un moment de dialogue stratégique entre l’employeur et le salarié sur le long terme.
L’entretien de parcours professionnel est obligatoire pour tous les employeurs, quelle que soit la taille de l’entreprise, et concerne tous les salariés sans condition d’ancienneté.
Entretien de parcours professionnel et entretien d’évaluation : quelle différence ?
C’est la confusion la plus répandue sur le terrain, et elle coûte cher aux entreprises lors des contrôles. Les deux entretiens sont distincts par nature et ne peuvent pas être fusionnés.
L’entretien annuel d’évaluation mesure la performance passée du salarié, ses objectifs atteints, ses résultats. Il regarde dans le rétroviseur. L’entretien de parcours professionnel, lui, regarde vers l’avant : il porte sur l’évolution du salarié, ses projets, ses besoins de formation, ses souhaits de mobilité ou de reconversion. Il ne doit pas servir à évaluer le travail accompli.
Concrètement, un manager qui profite de l’EPP pour aborder les objectifs de performance de l’année fait fausse route, et l’entreprise ne peut pas s’appuyer sur ce document pour justifier l’entretien obligatoire. Les deux restent deux rendez-vous distincts, même s’ils peuvent être conduits le même jour avec des trames séparées.
Quelle est la nouvelle périodicité en 2026 ?
C’est le changement le plus structurant de la réforme. Le rythme 1-2-6 ans laisse place à un rythme 1-4-8 ans.
Concrètement, pour chaque salarié, l’employeur doit organiser :
- Un premier entretien de parcours professionnel dans l’année suivant l’embauche (et non plus à partir de 2 ans comme avant).
- Puis un entretien tous les 4 ans.
- Un bilan récapitulatif tous les 8 ans, en lieu et place de l’ancien bilan à 6 ans.
Un point important souvent mal compris : la nouvelle périodicité de 4 ans s’applique à compter de la date du dernier entretien réalisé, et non depuis la date d’entrée en vigueur de la loi. Un salarié dont le dernier entretien remonte à mars 2024 devra donc bénéficier du suivant avant mars 2028.
Les accords de branche ou d’entreprise peuvent prévoir une périodicité plus courte, mais ne peuvent en aucun cas dépasser 4 ans entre deux entretiens. Les accords actuels qui prévoient une périodicité contraire (supérieure à 4 ans) doivent être renégociés avant le 1er octobre 2026, sous peine de caducité.
Quels thèmes doivent être abordés lors de l’EPP ?
La réforme enrichit considérablement le contenu obligatoire de l’entretien. Cinq thématiques doivent obligatoirement être couvertes, quelle que soit l’ancienneté ou la situation du salarié.
Le premier axe porte sur les compétences actuellement mobilisées dans le poste et leur évolution probable au regard des transformations de l’entreprise ou du secteur. Le deuxième concerne le parcours professionnel mis en perspective : où en est le salarié dans son métier, quelles sont les débouchés internes identifiés, comment son emploi est-il amené à évoluer ? Troisième axe : les besoins de formation, qu’ils soient liés à l’activité actuelle, à un projet personnel ou à une évolution prévisible du poste. Quatrième thème : les souhaits d’évolution professionnelle du salarié, qui peuvent déboucher sur une reconversion interne, une transition professionnelle (CPF de transition), un bilan de compétences ou une VAE. Enfin, cinquième point : un point sur le CPF, les abondements que l’employeur est susceptible de financer, et les dispositifs d’accompagnement disponibles comme le conseil en évolution professionnelle (CEP).
Ce cadre en cinq points transforme l’EPP en un vrai diagnostic d’employabilité. Il s’articule naturellement avec le plan de développement des compétences, qui prend appui sur les besoins identifiés lors des entretiens pour construire les actions de formation de l’année.
Quels sont les nouveaux entretiens spécifiques à ne pas manquer ?
La réforme crée deux nouveaux rendez-vous obligatoires qui viennent s’ajouter au cycle standard.
L’entretien de mi-carrière doit être organisé dans un délai de 2 mois suivant la visite médicale de mi-carrière prévue par l’article L. 4624-2-2 du Code du travail, soit aux alentours des 45 ans du salarié. Son objectif est de faire le point sur l’usure professionnelle, les besoins d’adaptation du poste et les perspectives de mobilité ou de reconversion pour la seconde partie de carrière.
L’entretien renforcé avant la fin de carrière doit quant à lui avoir lieu dans les 2 ans précédant les 60 ans du salarié. Il doit obligatoirement aborder le maintien dans l’emploi, les possibilités d’aménagement de poste, les dispositifs de fin de carrière disponibles (retraite progressive, cumul emploi-retraite…) et les conditions de la transmission des savoirs. Cette disposition s’inscrit directement dans la logique de la loi seniors et fait écho aux efforts demandés aux entreprises sur l’emploi des salariés expérimentés.
Ces deux entretiens s’ajoutent au cycle 4/8 ans et doivent être tracés séparément dans le SIRH.
L’entretien est-il obligatoire après certaines absences ?
Oui, mais la règle a évolué par rapport à l’ancien dispositif. L’entretien de retour doit toujours être proposé au salarié à l’issue de certaines absences : congé maternité, congé d’adoption, congé parental d’éducation, congé de proche aidant, congé sabbatique ou arrêt maladie long.
La nouveauté : ce rendez-vous de retour n’est plus systématique. Le salarié peut en être dispensé s’il a déjà bénéficié d’un entretien de parcours professionnel au cours des 12 mois précédant sa reprise. L’idée est d’éviter de multiplier les entretiens dans des délais rapprochés sans valeur ajoutée réelle pour le salarié.
En pratique, les équipes RH ont tout intérêt à tracer finement la date du dernier EPP réalisé pour chaque salarié en reprise d’absence, afin de savoir si l’obligation s’applique ou non.
Qui doit conduire l’entretien de parcours professionnel ?
La loi n’impose pas de profil précis. L’EPP peut être mené par le manager direct, par un membre de l’équipe RH, ou par les deux en séquence. Certaines entreprises optent pour un double entretien : le manager apporte la dimension terrain et opérationnelle, le RH apporte une vision plus large des évolutions internes et des dispositifs disponibles.
Ce qui est en revanche non négociable : l’entretien doit se tenir sur le temps de travail, être formalisé par un document écrit remis au salarié, et s’appuyer sur une trame qui couvre les cinq thématiques obligatoires. Pour les entreprises de moins de 300 salariés, la loi prévoit la possibilité de faire appel à un accompagnement externe, notamment via un conseiller en évolution professionnelle (CEP), pour aider à préparer l’entretien.
La qualité du manager qui conduit l’entretien reste le facteur décisif. Une trame bien construite ne vaut rien si le manager aborde l’EPP comme une formalité à expédier. Former les managers aux cinq thématiques obligatoires et à la posture attendue est un prérequis avant le déploiement.
Quelles sont les sanctions en cas de manquement ?
Les sanctions restent celles de l’ancien dispositif pour les entreprises de 50 salariés et plus. Si, au terme du bilan récapitulatif à 8 ans, il apparaît qu’un salarié n’a pas bénéficié de tous les entretiens dus et n’a pas bénéficié d’au moins une formation non obligatoire, l’employeur est tenu d’abonder le CPF du salarié à hauteur de 3 000 euros.
Pour les entreprises qui ont un accord collectif non conforme toujours en vigueur au 1er octobre 2026, les risques sont doubles : l’accord tombe en caducité automatique si la périodicité retenue est contraire aux nouvelles règles, et le régime légal s’applique immédiatement, sans période de grâce. Les équipes RH qui n’ont pas encore engagé la négociation avec leurs représentants du personnel doivent le faire maintenant.
Comment préparer la mise en conformité avant le 1er octobre 2026 ?
Trois chantiers sont à mener en parallèle. Le premier est documentaire : mettre à jour les trames d’entretien pour intégrer les cinq thématiques obligatoires, distinguer clairement l’EPP de l’entretien d’évaluation, et créer des trames spécifiques pour l’entretien de mi-carrière et l’entretien renforcé fin de carrière.
Le deuxième chantier est organisationnel : reconstruire le calendrier des entretiens pour chaque salarié selon le rythme 1-4-8 ans à partir de la date du dernier entretien réalisé, intégrer les nouvelles échéances dans le SIRH, et identifier les salariés prioritaires (proches des 45 ans ou des 60 ans pour les entretiens spécifiques).
Le troisième est humain : former les managers. Ils ne sont pas tous à l’aise avec les questions de parcours, de reconversion ou de CPF. Un manager qui botte en touche sur les souhaits d’évolution d’un collaborateur rate l’EPP aussi sûrement qu’un oubli de convocation. L’enjeu n’est pas seulement la conformité : c’est la qualité du dialogue, qui conditionne l’engagement des salariés et leur fidélisation à moyen terme.
L’entretien de parcours professionnel est une opportunité réelle d’aligner les projets des collaborateurs avec la stratégie de l’entreprise. Les organisations qui le traitent comme un simple exercice de mise en conformité passeront à côté. Celles qui en font un levier de développement des compétences et de fidélisation sortiront renforcées d’une réforme qui, pour une fois, va dans le bon sens.
En bref
L’entretien professionnel devient l’entretien de parcours professionnel (EPP) depuis la loi du 24 octobre 2025, avec un nouveau rythme 1-4-8 ans.
Cinq thématiques sont désormais obligatoires : compétences actuelles, perspectives d’évolution, besoins de formation, souhaits de reconversion, CPF et CEP.
Deux nouveaux entretiens spécifiques s’ajoutent : l’entretien de mi-carrière (autour de 45 ans) et l’entretien renforcé dans les 2 ans précédant les 60 ans.
Les entreprises couvertes par un accord collectif ont jusqu’au 1er octobre 2026 pour le mettre en conformité, sous peine de caducité.
En cas de manquement au bilan récapitulatif à 8 ans, les entreprises de plus de 50 salariés risquent un abondement correctif de 3 000 € sur le CPF du salarié concerné.