Peut-on poser une semaine de RTT ou faut-il fractionner ses jours ?

Partagez cet article

Vous rêvez de poser cinq RTT à la suite pour vous offrir une vraie coupure, sans toucher à vos congés payés. Sauf que votre manager fronce les sourcils : « les RTT, c’est plutôt un jour par-ci par-là, non ? » Qui a raison dans cette discussion de machine à café ?

Bonne nouvelle pour le salarié : aucun article du Code du travail ne fixe de plafond de jours de RTT consécutifs. Un salarié à 37 heures cumule deux heures de repos chaque semaine, soit une dizaine de jours sur l’année, qu’il peut en théorie regrouper comme il l’entend.

Mauvaise nouvelle : ce « en théorie » cache une réalité plus subtile. Tout se joue dans votre accord d’entreprise et votre convention collective, qui peuvent encadrer, limiter, voire interdire certaines combinaisons. On déroule le fil.

Les RTT, c’est quoi au juste ?

Les jours de RTT (réduction du temps de travail) compensent les heures travaillées au-delà de la durée légale de 35 heures. Un salarié à 39 heures ne touche pas forcément d’heures supplémentaires : il récupère le différentiel sous forme de journées ou de demi-journées de repos.

Le nombre de RTT dépend donc de votre temps de travail et de la méthode retenue par l’entreprise. Soit un forfait fixe (par exemple 10 jours sur l’année), soit une acquisition au fil des heures réellement effectuées. C’est exactement la logique qui régit aussi la gestion des heures supplémentaires dans un contrat de 39 heures, cousin proche du dispositif RTT.

Deux familles cohabitent. Les RTT salarié, que vous posez librement selon vos envies, et les RTT employeur, que l’entreprise impose à des dates précises (un pont, une fermeture annuelle). La plupart des accords prévoient un mélange des deux, souvent à parts égales.

Peut-on poser une semaine de RTT ?

Oui, un salarié peut poser une semaine entière de RTT, car la loi ne fixe aucun nombre maximum de jours consécutifs. Cette possibilité reste soumise à deux conditions : l’accord de votre employeur et le respect des règles prévues par votre convention collective ou votre accord d’entreprise.

Autrement dit, le fractionnement n’a rien d’obligatoire sur le plan légal. Rien ne vous empêche de regrouper vos jours pour partir une semaine, à condition de décrocher le feu vert de votre hiérarchie. C’est d’ailleurs ce que confirme la fiche pratique de Service-Public sur la RTT : le nombre de jours et leurs conditions de cumul sont renvoyés à l’accord collectif.

Combien de RTT peut-on poser d’affilée ?

Tout dépend de ce que prévoit votre accord. Certains textes encadrent le nombre de RTT consécutifs, imposent un délai de prévenance, ou conditionnent la prise au niveau d’activité du service.

Dans la pratique, trois garde-fous reviennent souvent :

  • Un délai de prévenance à respecter avant la date souhaitée, fréquemment fixé entre 7 et 15 jours.
  • Une prise à la journée ou à la demi-journée seulement, si l’accord le permet.
  • L’interdiction de poser des RTT sur les périodes sensibles : clôture comptable, inventaire, pic d’activité.

Quelques conventions vont plus loin et plafonnent réellement le nombre de jours d’affilée, ou imposent qu’une partie des RTT soit étalée sur l’année. D’où l’intérêt de lire votre accord avant de bloquer mentalement une semaine entière.

Peut-on accoler ses RTT à ses congés payés ?

Légalement, rien n’interdit de coller vos RTT à vos congés payés pour allonger une absence. Mais votre convention collective ou votre accord d’entreprise peut tout à fait exclure cette combinaison, ou la soumettre à l’accord exprès de l’employeur.

Cette astuce reste la préférée de ceux qui veulent partir longtemps. Vous ne pouvez pas poser plus de 24 jours ouvrables de congés payés d’affilée : ajouter quelques RTT permet de prolonger l’absence sans buter sur cette limite. Encore faut-il que l’accord ouvre la porte.

L’employeur peut-il refuser ou imposer des RTT ?

Oui, dans les deux sens. L’employeur peut imposer la prise de certains jours (les RTT employeur) et peut refuser ou décaler une demande de RTT salarié, à condition de respecter le délai de prévenance prévu par l’accord.

Quand l’entreprise veut déplacer un jour déjà posé, elle doit en principe vous prévenir par écrit dans le délai défini. À l’inverse, vous ne pouvez pas exiger une semaine de RTT en pleine clôture annuelle : l’intérêt du service garde la priorité.

Le Code du travail fixe un socle (salaire maintenu pendant un RTT, repos quotidien et hebdomadaire garantis) et laisse le reste à la négociation collective. La même logique encadre ce que dit la loi sur le temps de pause, où l’accord d’entreprise vient affiner les règles de base.

Le cas particulier des cadres au forfait jours

Attention au vocabulaire. Un cadre au forfait jours ne pose pas, à proprement parler, des RTT. Il bénéficie de jours non travaillés (JNT), calculés à partir du nombre de jours travaillés sur l’année, dans la limite de 218 jours.

La nuance n’est pas qu’une affaire de mot. Ces jours obéissent aux règles de l’accord de forfait, qui précise comment et quand les poser. Regrouper plusieurs jours pour faire une semaine reste possible, sauf restriction conventionnelle.

Que se passe-t-il si vous ne posez pas vos RTT ?

Sans dispositif spécifique, les RTT non pris au 31 décembre sont tout simplement perdus, sauf si vous disposez d’un compte épargne temps pour les stocker. L’employeur peut aussi vous demander de solder vos jours avant la fin de la période de référence.

C’est un piège classique : on repousse, on repousse, et en décembre il est trop tard. Le même réflexe touche les vacances, au point que beaucoup d’entreprises s’interrogent sur les salariés qui ne prennent pas assez de congés.

Quant au rachat des RTT, ouvert par la loi de finances rectificative de 2022, il ne courait que jusqu’au 31 décembre 2025. Depuis, la monétisation repose de nouveau sur ce que prévoit votre accord, le plus souvent via un compte épargne temps.

Avant de bloquer une semaine entière, le bon réflexe tient en une phrase : ouvrez votre accord d’entreprise ou votre convention collective. C’est là que se cachent le délai de prévenance, les éventuels plafonds de jours consécutifs et les règles d’accolement aux congés payés. Posez la question à votre service RH plutôt que de découvrir la contrainte le jour du refus. Vos RTT sont un droit : autant les piloter que les subir.

En bref

+
Aucun plafond légal ne limite le nombre de RTT consécutifs : poser une semaine d’affilée est possible.
+
Tout se joue dans votre accord d’entreprise ou convention collective : délai de prévenance, jours maximum, accolement aux congés payés.
+
L’employeur peut imposer des RTT (RTT employeur) et refuser une demande mal placée dans le calendrier.
+
Les cadres au forfait jours posent des jours non travaillés (JNT), et non des RTT au sens strict.
+
Les RTT non posés au 31 décembre sont perdus, sauf compte épargne temps pour les conserver.

A propos de l’auteur/autrice

Ces articles pourraient également vous intéresser