Décrochage scolaire : quand l’abandon des études plombe l’entrée dans la vie active

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Un diplôme, ce n’est pas qu’une ligne sur un CV : c’est (encore) un passeport vers l’emploi. Le problème : en France, l’abandon des études progresse et laisse de plus en plus de jeunes sur le bas-côté du marché du travail. Et les chiffres le confirment : décrocher, c’est s’exposer à plus de chômage… et à des débuts de carrière plus précaires.

Abandon des études : un facteur clé du chômage des 15-34 ans

Selon une récente étude de l’Insee, interrompre une formation avant son terme fragilise nettement l’insertion professionnelle. Traduction : quitter le système éducatif sans valider son cursus, c’est augmenter son risque de chômage de 33 % par rapport à ceux qui obtiennent leur diplôme.

En 2024, la France compte près de 16 millions de jeunes âgés de 15 à 34 ans. Parmi eux, environ un sur cinq déclare avoir abandonné une formation déjà commencée.

Au-delà des statistiques, cette dynamique alimente un sentiment de déclassement : sans diplôme, l’accès à un emploi stable se complique, et les inégalités sociales – déjà bien installées – se creusent encore un peu plus.

Des ruptures à des moments décisifs du parcours

Les abandons ne surviennent pas “au hasard”. Ils frappent souvent à des étapes charnières : troisième année de licencedeuxième année de BTSclasse de terminale… bref, pile au moment où tout se joue : soit on valide un diplôme, soit on bascule vers le marché du travail. Quand l’année n’est pas terminée (ou pas validée), la sortie du système éducatif ressemble parfois à une porte qui claque, avec peu d’options immédiatement disponibles.

Et côté emploi, la sanction est nette. Au moment de l’enquête :

  • 23 % des jeunes ayant interrompu leurs études étaient au chômage (ou dans son “halo”) ;
  • contre 15 % parmi ceux qui sont allés au bout.

Soit 8 points d’écart. Et même en tenant compte du niveau d’études atteint, de l’expérience, de l’origine sociale ou du genre, le décrochage reste un facteur aggravant à part entière.

Une insertion plus fragile et plus précaire

Décrocher ne signifie pas seulement “plus de chômage”. Cela se traduit aussi, très concrètement, par des emplois plus instables et moins qualifiés quand l’accès au travail se fait malgré tout.

  • 20 % travaillent en CDD ou intérim, contre 14 % chez les non-décrocheurs ;
  • le temps partiel subi touche 9 % d’entre eux, presque deux fois plus que les autres jeunes actifs ;
  • les postes occupés relèvent plus souvent des catégories ouvriers ou employés, et plus rarement de fonctions d’encadrement.

Le risque, c’est l’effet domino : démarrer sur des contrats courts et des postes peu qualifiés, c’est souvent ralentir sa progression salariale, réduire ses marges de mobilité et s’exposer davantage aux périodes d’inactivité.

Une hausse du chômage des jeunes qui renforce l’alerte

Dans un contexte de hausse du chômage chez les jeunes, la progression du décrochage scolaire agit comme un amplificateur. Quand le marché du travail se tend, la qualification devient un filtre encore plus sélectif. Et sortir sans diplôme, c’est entrer dans la compétition avec un handicap supplémentaire.

Ces données rappellent une évidence : la prévention du décrochage, l’orientation, et l’accompagnement jusqu’à la diplomation ne concernent pas uniquement les écoles. Ce sont des enjeux d’emploi, de cohésion sociale et d’avenir collectif. Parce qu’au bout du compte, derrière les pourcentages, c’est l’entrée dans la vie active de toute une génération qui se joue.

En bref

  • Quitter une formation sans diplôme augmente le risque de chômage d’environ 33 % par rapport aux diplômés.
  • En France, près d’1 jeune sur 5 (15-34 ans) a déjà abandonné une formation commencée.

  • Les décrocheurs sont plus souvent en difficulté sur le marché du travail (23 % au chômage ou dans son halo, contre 15 % chez les non-décrocheurs).

  • Même quand ils travaillent, ils accèdent plus souvent à des emplois précaires et moins qualifiés (CDD/intérim, temps partiel subi, postes d’exécution).

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