L’Insee a publié mardi 10 février les chiffres du chômage pour le quatrième trimestre 2025. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont préoccupants : le taux atteint 7,9% en fin d’année, un niveau inédit depuis 2021.
En première ligne : les jeunes, frappés de plein fouet par cette remontée. Comment expliquer ce signal inquiétant ? On tente d’y voir plus clair.
Une forte hausse du chômage chez les jeunes en 2025
Au total, 2,5 millions de personnes sont actuellement au chômage en France, selon les derniers chiffres de l’Insee. Sur l’ensemble de 2025, le taux augmente de 0,6 point – une progression rarement observée à ce rythme.
Mais le vrai point de bascule se situe chez les 15-24 ans. Leur taux de chômage atteint 21,5%, après une hausse de 2,4 points sur le seul quatrième trimestre. Concrètement, la hausse se traduit par 126 000 demandeurs d’emploi supplémentaires sur le trimestre. Résultat : plus d’un jeune sur cinq est actuellement au chômage.
Chez les 15-29 ans, la dynamique est la même, même si la hausse est plus contenue. Et l’Insee le confirme : le chômage atteint “son plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2021”, tout en restant “nettement au-dessous de son pic de mi-2015”. De quoi nuancer… sans rassurer.
D’autant que cette hausse intervient alors que l’exécutif avait fait du plein emploi en 2027 (autour de 5% de chômage) un horizon politique majeur. Avec une courbe qui repart à la hausse, l’objectif s’éloigne – et la question devient plus pressante : qu’est-ce qui coince ?
Dégradation du contexte économique : un climat moins porteur
Une dégradation d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit dans un contexte économique moins porteur qu’au sortir de la crise sanitaire. La parenthèse post-Covid, marquée par une croissance dynamique et un soutien massif de l’État, semble bel et bien refermée.
En 2025, la croissance française plafonne à 0,9% selon l’Insee. Un rythme trop faible pour absorber l’ensemble des nouveaux entrants sur le marché du travail. Dans ce climat d’incertitude, les entreprises temporisent. Les recrutements ralentissent nettement et, face aux tensions sur leurs marges et aux perspectives économiques floues, beaucoup privilégient la consolidation de leurs effectifs existants plutôt que l’ouverture de nouveaux postes.
Or, lorsque les embauches se contractent, ce sont presque toujours les mêmes qui encaissent le choc en premier : les jeunes, les primo-entrants, ceux qui n’ont ni expérience longue ni réseau solide pour amortir le ralentissement.
“On est passé d’une phase post-Covid avec une croissance très dynamique et des politiques publiques extrêmement accommodantes, du soutien budgétaire et monétaire, à un moment où la croissance est poussive et où la volonté de faire des économies pour redresser les comptes publics domine”, analyse Mathieu Plane, directeur adjoint du département Analyse et prévision de l’OFCE. Autrement dit, le moteur tourne au ralenti, et l’emploi avec lui.
Mais la conjoncture n’explique pas tout.
L’Insee avance une autre hypothèse : la forte progression du nombre d’étudiants exerçant une activité en parallèle de leurs études. Entre deux contrats ou dans l’attente d’une embauche, nombre d’entre eux sont comptabilisés comme chômeurs au sens du Bureau international du travail. Ce phénomène contribue mécaniquement à faire grimper les statistiques chez les plus jeunes, sans toujours traduire une exclusion durable du marché du travail.
L’alternance en repli : un signal d’alerte supplémentaire
Autre facteur déterminant : l’évolution de l’alternance. Ces dernières années, son essor avait largement contribué à faire reculer le chômage des jeunes. Elle constituait une voie d’insertion efficace, combinant formation et expérience professionnelle.
Mais la dynamique s’essouffle.
Vladimir Passeron, chef du département de l’Emploi et des revenus d’activité à l’Insee, souligne que les jeunes en formation initiale participent fortement à la hausse actuelle. Selon lui, le développement massif de l’alternance aurait modifié les comportements : les jeunes seraient désormais plus nombreux à se déclarer en recherche active d’emploi alors même qu’ils sont encore en formation.
Dans un contexte de baisse des aides à l’embauche d’apprentis, la dynamique de l’alternance se tasse. Le taux d’emploi en alternance recule de 0,2 point sur le trimestre comme sur un an. Un frémissement en apparence modeste, mais significatif dans un écosystème où chaque point compte.
Lorsque l’un des principaux amortisseurs du chômage des jeunes commence à se contracter, l’effet se fait rapidement sentir.
Dans ce contexte tendu, les propositions refont surface. Le Medef plaide notamment pour la création d’un “CDI jeune”, censé faciliter et sécuriser l’entrée des moins de 30 ans dans l’emploi durable. Une piste qui, malgré les vives contestations de la CGT, relance le débat sur les outils à privilégier pour éviter qu’une génération ne paie le prix du ralentissement économique.