Pourquoi les arrêts maladie ont doublé depuis 2019 ?

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L’absentéisme bat des records et le gouvernement veut serrer la vis. Mais derrière les arrêts maladie, en particulier les plus longs, se joue autre chose qu’une question de contrôle ou de coût : une dégradation du rapport au travail, marquée par la montée des troubles psychologiques, notamment chez les jeunes.

L’absentéisme atteint un taux record

Selon le Datascope 2026 d’AXA, l’absentéisme dans le secteur privé a augmenté de 50 % depuis 2019. En 2025, le taux atteint 4,8 %, un niveau inédit, supérieur au pic observé après le Covid.

Ce qui marque surtout, ce n’est pas seulement la hausse globale, mais son installation dans le temps : l’absentéisme n’est plus un épisode conjoncturel, c’est devenu un signal structurel.

Autre évolution marquante : les arrêts de longue durée prennent de plus en plus de place. L’étude indique qu’ils représentent désormais plus des deux tiers des absences, preuve que les entreprises ne font pas seulement face à plus d’arrêts, mais à des arrêts plus lourds, plus complexes et plus difficiles à absorber.

Femmes, jeunes, cadres : les nouveaux visages de l’absentéisme

Toutes les catégories ne sont pas touchées de la même manière, mais certaines évolutions sont particulièrement frappantes.

  • Les femmes restent les plus concernées, avec un taux d’absentéisme qui atteint 5,8 % en 2025, soit 5 % de plus en un an.
  • Les cadres, traditionnellement moins exposés, voient eux aussi leur situation se dégrader fortement, avec une hausse de 8 % en 2025, après déjà 9 % l’année précédente.
  • Quant aux moins de 35 ans, leur taux d’absentéisme a encore progressé de 10 % en un an.

Ce que disent ces chiffres, c’est que l’absentéisme ne concerne plus seulement les populations historiquement les plus exposées. Il gagne désormais des profils que l’on associait davantage à l’engagement, à la mobilité ou à la performance.

La santé mentale : le vrai point de rupture

C’est sans doute le signal le plus préoccupant. En 2025, les troubles psychologiques sont devenus la première cause des arrêts de longue durée. Chez les moins de 30 ans, ils représentent désormais plus d’un arrêt long sur deux.

Autrement dit, pour une partie de la jeune génération, la santé mentale n’est plus un sujet périphérique : elle est devenue un marqueur central de la relation au travail.

Cette évolution remet aussi les risques psychosociaux (RPS) au cœur du débat. Charge de travail excessive, perte de sens, isolement, tensions relationnelles, pression managériale, difficultés à concilier vies professionnelle et personnelle : autant de facteurs qui fragilisent les salariés et peuvent, à terme, conduire à la rupture.

L’augmentation des arrêts longs liés aux troubles psychologiques montre bien que le sujet ne relève plus seulement de situations individuelles, mais de déséquilibres plus profonds dans l’organisation du travail.

Ce constat fait écho à d’autres données. Le baromètre Santé mentale & QVCT 2026 de Qualisocial x Ipsos montre que 22 % des actifs se déclarent en mauvaise santé mentale. Le chiffre est en légère amélioration par rapport à 2025, mais il reste élevé et confirme que la fragilité psychique au travail concerne encore des millions d’actifs.

Réduire l’absentéisme commence bien avant l’arrêt maladie

Face à cette hausse, la réponse ne peut pas être uniquement administrative. Agir sur l’absentéisme suppose de travailler sur les conditions qui le favorisent : surcharge, déséquilibre des temps de vie, manque de reconnaissance, tensions managériales, difficulté à parler de santé mentale ou à demander de l’aide.

Faire enfin de la santé féminine un sujet d’entreprise

Les femmes restent les plus touchées par les arrêts maladie. Cette réalité renvoie à plusieurs angles morts encore fréquents en entreprise : santé gynécologique, maternité, articulation des temps de vie, charge mentale, rôle d’aidante.

Tant que ces sujets restent périphériques, les politiques de prévention passent à côté d’une partie du problème. Développer une vraie politique de parentalité et mieux prendre en compte la santé féminine n’est plus accessoire : c’est un levier de prévention.

Sortir de la QVCT cosmétique

Si les arrêts augmentent, c’est aussi parce que les politiques de qualité de vie au travail restent parfois trop déclaratives, voire servent purement et simplement d’argument marketing.

Prévenir les risques suppose autre chose qu’une série d’initiatives ponctuelles. Il faut un cadre lisible, des managers formés, des espaces de parole, des dispositifs d’accompagnement et une vraie capacité à détecter les signaux faibles avant la rupture. Le baromètre Qualisocial souligne d’ailleurs que 86 % des salariés bénéficiant d’un plan de prévention complet estiment que celui-ci a amélioré leur santé mentale.

Comprendre ce que la jeune génération n’accepte plus

La Gen Z est l’une des populations les plus exposées à la hausse des arrêts. Elle exprime aussi plus directement ses limites. Là où d’autres générations ont souvent intégré le fait de tenir coûte que coûte, les plus jeunes disent plus vite stop quand la charge devient trop forte ou quand le travail perd son sens.

Cette génération arrive sur le marché du travail avec des attentes plus explicites vis-à-vis de l’entreprise. Elle attend davantage qu’un salaire ou un poste : elle cherche un cadre clair, un management à l’écoute, un meilleur équilibre de vie, de la reconnaissance et une cohérence entre les discours et la réalité vécue au quotidien.

Elle tolère moins les environnements flous, les injonctions contradictoires, les cultures du présentéisme ou les promesses employeur qui ne se traduisent pas concrètement.

Le sujet n’est donc pas de les caricaturer comme moins résistants, mais de comprendre ce que leurs comportements révèlent de l’état réel des organisations. Recruter la Gen Z, c’est aussi accepter de questionner ses pratiques et d’intégrer des standards d’exigence plus élevés en matière de conditions de travail, de management et de sens.

L’absentéisme se joue aussi dans l’expérience collaborateur

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Le vrai enjeu : prévenir les ruptures avant qu’elles ne coûtent cher

L’absentéisme n’est pas seulement un indicateur RH. C’est un révélateur. Il parle du climat social, de la santé mentale, du management, de la capacité d’une entreprise à soutenir ses équipes dans la durée.

Et aujourd’hui, les chiffres montrent une chose : le coût de l’inaction ne cesse d’augmenter – que ce soit d’un point de vue humain, social, et financier. Prévenir les arrêts maladie, c’est donc d’abord investir dans des organisations plus soutenantes, plus attentives, et plus lucides sur ce qui fragilise réellement les collectifs de travail.

L'explosion des arrêts maladie en bref

  • L’absentéisme atteint un niveau record : dans le privé, il a augmenté de 50 % depuis 2019 pour atteindre 4,8 % en 2025, avec une place grandissante des arrêts longue durée.
  • Le phénomène change de visage : femmes, jeunes et cadres sont de plus en plus touchés, preuve que l’absentéisme ne concerne plus seulement les populations historiquement les plus exposées.
  • La santé mentale devient centrale : les troubles psychologiques sont désormais la première cause des arrêts longs, notamment chez les moins de 30 ans, où ils représentent plus d’un arrêt long sur deux.
  • La prévention doit devenir une priorité : au-delà du contrôle des abus, la réponse passe par une action de fond sur les RPS, le management, la santé féminine, la QVCT et les attentes des nouvelles générations.

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