Dans beaucoup d’entreprises, la question du pilotage de la marque employeur n’a pas de réponse claire. Les RH considèrent que c’est aussi un sujet communication. La communication considère que c’est d’abord un sujet RH. Et la direction valide les budgets sans vraiment trancher sur la gouvernance. Tout le monde est concerné, personne n’est vraiment responsable.
Ce flou n’est pas un accident. Il est structurel. La marque employeur touche à la fois à l’identité de l’entreprise, à ses pratiques RH, à sa communication externe, à ses valeurs affichées et à la réalité vécue par les collaborateurs. Par nature, elle déborde les frontières des organigrammes. Et c’est précisément ce qui rend la question du pilotage si difficile à trancher.
Difficile, mais indispensable. Une marque employeur sans pilote clair avance au rythme des urgences, portée par des initiatives éparses, sans cohérence ni continuité.
Pourquoi la question du pilotage est souvent esquivée
Piloter la marque employeur, c’est être responsable d’un sujet qui produit des résultats lents, difficiles à quantifier, et dont les échecs sont toujours imputables à quelqu’un d’autre. Si une campagne de recrutement ne convertit pas, c’est la faute de la communication. Si les avis Glassdoor sont mauvais, c’est la faute des RH. Si la direction n’alloue pas de budget, c’est la faute de la direction. La marque employeur est le sujet idéal pour que chacun se défausse sur l’autre.
À cela s’ajoute une confusion persistante sur ce que “piloter” veut vraiment dire. Produire des contenus, animer des réseaux sociaux, refaire la page carrière : ce sont des actions de marque employeur. Mais le pilotage, c’est autre chose. C’est décider des priorités, allouer les budgets, arbitrer entre les messages, et surtout maintenir la cohérence dans le temps entre ce que l’entreprise dit et ce qu’elle fait. Ce travail-là est beaucoup plus exigeant. Et il ne peut pas se faire en parallèle d’autres priorités.
Ce que les RH apportent, et ce qu’ils ne maîtrisent pas
Les RH ont une légitimité naturelle sur la marque employeur. Ce sont eux qui connaissent les pratiques de l’entreprise de l’intérieur : le recrutement, l’onboarding, la gestion des carrières, la rémunération, la qualité de vie au travail. Ils savent ce qui se passe vraiment, pas ce qu’on aimerait raconter. Construire sa marque employeur en interne passe nécessairement par eux : ce sont eux qui peuvent mener les enquêtes collaborateurs, identifier les points forts réels de l’entreprise, et s’assurer que la promesse employeur est ancrée dans des pratiques réelles plutôt que dans des aspirations marketing.
Mais les RH ont aussi des angles morts. La communication n’est pas leur métier natif. Transformer une politique de congés avantageuse ou un management bienveillant en message différenciant pour des candidats qui ne connaissent pas l’entreprise requiert des compétences éditoriales et marketing qu’on ne trouve pas toujours dans les équipes RH. Sans budget propre, sans légitimité pour arbitrer avec les autres directions, le pilotage RH se heurte vite à ses limites.
Ce que la communication apporte, et ce qu’elle ne maîtrise pas
La communication maîtrise les codes, les formats, les canaux. Elle sait raconter une histoire, construire une image, maintenir une cohérence visuelle et sémantique sur la durée. Quand une entreprise veut lancer une campagne marque employeur qui sort du lot, c’est vers la com qu’on se tourne, à raison.
Mais la communication a un défaut symétrique à celui des RH : elle risque de polir le discours au détriment de la réalité. Une belle campagne qui vante l’autonomie, le sens du travail et la bienveillance managériale, dans une entreprise où les collaborateurs se plaignent d’un micro-management chronique, ne tient pas longtemps. Les candidats recrutés sur cette image partent dans les premiers mois. Les avis s’accumulent sur Glassdoor. Et la marque se retourne contre l’entreprise plus vite qu’elle ne l’a construite. La communication sans ancrage RH produit de la com. Pas de la marque.
C’est précisément là qu’intervient le marketing RH. À mi-chemin entre les deux disciplines, il applique les méthodes du marketing à la problématique RH : segmentation des cibles candidats, construction d’une proposition de valeur employeur, choix des canaux, mesure de la performance. Le marketing RH est le trait d’union entre ce que les RH savent et ce que la communication sait faire. Il ne remplace pas le pilotage, mais il donne les outils pour rendre la marque employeur visible, cohérente et mesurable.
Quand la direction générale entre en jeu, et pourquoi elle devrait le faire plus tôt
La marque employeur fonctionne mieux quand les RH et la communication travaillent ensemble, en se nourrissant mutuellement. Les RH apportent la matière : les pratiques réelles, les valeurs vécues, la connaissance fine des collaborateurs et des candidats. La communication apporte la forme : le discours, les canaux, la cohérence éditoriale. L’une sans l’autre produit soit une marque sans visibilité, soit une visibilité sans crédibilité.
Ce binôme devient vraiment efficace quand il dispose d’un cap clair. Et c’est là que la direction générale entre en jeu. Non pas pour gérer le quotidien de la marque employeur, mais pour arbitrer sur les questions qui dépassent les deux équipes : les budgets, les prises de parole sensibles, les arbitrages entre image externe et réalité interne, les décisions qui touchent aux conditions de travail ou à la rémunération. Ce sont des décisions de gouvernance, pas des décisions de communication. Et elles se prennent en CODIR.
Sans ce sponsoring de la direction, le binôme RH/communication travaille bien, mais sans légitimité pour trancher sur les sujets qui comptent vraiment. Le résultat : des initiatives solides qui peinent à s’ancrer durablement dans la stratégie de l’entreprise.
Les 4 modèles de gouvernance qu’on observe en pratique
Le copil RH/communication sans arbitre
C’est le modèle le plus répandu. Deux équipes se réunissent régulièrement, produisent des contenus, échangent des briefs. Mais quand il s’agit de trancher sur un budget, sur un message sensible ou sur une prise de parole de la direction, personne n’a l’autorité pour décider seul. Les dossiers s’enlisent, les priorités divergent, et la marque avance par à-coups. Ce modèle fonctionne uniquement s’il existe une instance de décision clairement identifiée au-dessus, qui tranche quand le copil est dans l’impasse.
Le responsable marque employeur dédié
Un profil identifié, avec un périmètre clair et une capacité d’arbitrage. C’est le modèle qui monte en puissance dans les entreprises de plus de 500 salariés. La question n’est pas de savoir si ce rôle est nécessaire, mais où le positionner. Rattaché aux RH, il perd souvent en capacité d’action sur la communication externe. Rattaché à la com, il perd en crédibilité sur les sujets de pratiques internes. Dans tous les cas, ce qui compte avant tout, c’est qu’il bénéficie d’un sponsoring explicite de la direction : sans ce soutien, il n’a pas la légitimité pour arbitrer entre les intérêts des différentes équipes, et le poste reste symbolique.
L’agence externe comme partenaire
Faire appel à une agence spécialisée en communication RH et marketing RH, c’est s’offrir un regard neuf sur sa marque employeur. Un regard extérieur voit ce que les équipes internes ne voient plus à force d’être dedans : les angles morts du discours, les forces sous-exploitées, les messages qui ne résonnent pas comme prévu. C’est ce que nous faisons chez Ideuzo : travailler en partenariat avec les équipes RH pour apporter notre expertise en communication et marketing RH, co-construire le discours employeur et le rendre visible sur les bons canaux.
Mais une agence ne remplace pas un pilote interne. Elle l’accompagne. Pour que la collaboration soit efficace, il faut un interlocuteur côté entreprise qui dispose de l’autorité pour valider, des informations pour alimenter le discours, et de la durée pour laisser la marque s’installer. Sans ça, même la meilleure agence produit des contenus qui ne tiennent pas dans le temps.
Ce que révèle le choix du pilote sur la maturité de l’entreprise
Le modèle de gouvernance qu’une entreprise choisit dit beaucoup sur la façon dont elle conçoit la fonction RH en général. Une entreprise qui confie la marque employeur à un stagiaire dit implicitement que c’est un sujet secondaire. Une entreprise qui la laisse dans un vide organisationnel dit qu’elle n’est pas prête à investir vraiment. Une entreprise qui structure un binôme RH/communication avec un sponsor direction a compris que recruter et fidéliser sont des enjeux de performance au même titre que vendre ou produire. Les avantages d’une marque employeur forte ne se mesurent pas en likes sur LinkedIn : ils se mesurent en turnover, en coût d’acquisition des talents, en engagement des collaborateurs.
La maturité se mesure aussi à la cohérence entre le discours et les pratiques. Une marque employeur crédible ne se construit pas avec des mots. Elle se construit avec des décisions : sur la rémunération, sur le management, sur les conditions de travail, sur la transparence. C’est pour ça que la direction générale doit rester impliquée, même quand le pilotage opérationnel est confié à d’autres. Non pas pour tout contrôler, mais pour garantir que les arbitrages stratégiques ne soient pas laissés sans réponse.
En bref
Le flou sur le pilotage de la marque employeur n’est pas un problème d’organigramme. C’est un problème de gouvernance : personne ne veut assumer la responsabilité d’un sujet dont les résultats sont lents et les échecs facilement imputables aux autres.
Les RH apportent la connaissance des pratiques internes, la communication apporte le discours et les canaux. Les deux se nourrissent mutuellement. C’est le marketing RH qui fait le lien, en appliquant les méthodes du marketing à la problématique RH pour rendre la marque visible, cohérente et mesurable.
Le responsable marque employeur dédié est le modèle qui monte en puissance, avec un rattachement à la DG qui donne le plus d’efficacité, à condition que la direction soit réellement impliquée et pas seulement sponsor de façade.
La direction générale n’a pas à piloter le quotidien de la marque employeur. Mais elle doit arbitrer sur les sujets qui dépassent le binôme RH/communication : budgets, prises de parole sensibles, décisions qui touchent aux conditions de travail ou à la rémunération.